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Attracteur étrange...

C'est une descente aux enfers...

C'est un long chemin de deuil....

C'est une tombe introuvable....

C'est un pélerinage sur les traces d'un passé révolu...

C'est une prière ruminée...

C'est un souvenir de bonheur intense autodestructif....

C'est un être devenu imaginaire....

C'est un ange rapidement envolé....

C'est une LiKoRn transformant une vie....

C'est une vie désormais brisée...

Samedi 18 février 2006, 21h00. 

 
Album ‘Vive la Vie’, Klub des Loosers


 
 


 
 
 
Elle est quelqu’un qui se partage. Elle est quelqu’un pour qui tout lui est facile : un soir avec ses amis, un soir en famille et un soir avec sa copine. Elle est quelqu’un qui n’a besoin d’aucune affection et qui n’a aucunement besoin d’en donner. Elle est quelqu’un pour qui je ne suis qu’une larme de peinture sur le tableau de sa vie. Elle est quelqu’un pour qui je ne suis qu’un divertissement. Elle est quelqu’un pour qui je ne suis ni fille ni femme ni humaine. Elle est quelqu’un qui s’aperçoit que j’existe quand Elle s’ennuie. Elle est quelqu’un qui me demande de prendre des décisions à sa place. Elle est quelqu’un qui m’abandonne pour les autres. Elle est quelqu’un qui m’a longtemps fait croire que je pouvais exister. Elle est quelqu’un qui me laisse souvent seule. Elle est quelqu’un qui ne s’intéresse pas à mes propositions et préfère celles des autres. Elle est quelqu’un qui connaît exactement les mots destinés à me faire pleurer. Elle est quelqu’un qui me fait regretter avoir dépenser quelques fortunes. Elle est quelqu’un dont j’ai besoin mais qui n’a pas besoin de moi. Elle est quelqu’un qui me dit : « On est bien ensemble, non ? ».
 
 
« Je me rappelle de ce jour où j’ai dit qui m’aime me suive,
Depuis j’attends toujours même si personne n’arrive.
[…]
Déjà étant enfant dans la cour mon meilleur pote était un banc.
[…]
Je regarde évoluer les être humains, ils vont souvent par deux, certains se tiennent la main,
Les miennes sont dans mes poches parce que j’attends quelqu’un,
Ayant dix ans de retard même plus, je n’en sais rien.
[…]
Je me sens seule, ils ont coupé mon cordon depuis je n’ai plus été rattachée à personne,
Je me sens seule, chez moi tout est silencieux des ressorts de mon lit jusqu’à mon téléphone,
Je me sens seule, je n’ai pas beaucoup de force j’aimerais que quelqu’un m’aide à partager ma vie,
Je me sens seule, je ne veux pas mourir maintenant j’ai trop peur que ma tombe ne soit jamais fleurie. »
 
 
 
 

 

 

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‘Heaven Beside you’, Alice in Chain


 



 
 
Mardi 03 janvier 2006, 00h19.
 
Qu’ai-je fait de ma vie ? Que vais-je en faire ? Au quart de siècle, je m’aperçois enfin que je n’ai eu qu’une seule chance, que je ne vivrai qu’une seule fois, que je n’aurai pas de seconde chance ni de seconde jeunesse. C’est maintenant que je m’aperçois de ce que j’ai loupé, ce que j’ai commencé et jamais achevé.
 
J’ai su parler très tôt. Je n’ai jamais sucé mon pouce mais mon pouce et mon index, j’ai donc arrêté très tôt puisque qu’ils étaient plutôt encombrants dans ma bouche. Très jeune je faisais des tonnes de puzzles compliqués sans modèle à l’appui. Mon entourage passait son temps à me dire que j’avais une mémoire d’éléphant. A l’école, ça allait très bien. Je n’avais pas de point faible. J’ai été la première de ma classe à savoir compter et la première en calcul mental. Plus tard, ce fut en anglais où j’avais extrêmement d’avance. Tous les soirs, je finissais mes devoirs très rapidement et avais la soirée pour jouer. Mes bulletins de notes étaient excellents, avec les félicitations du directeur et des professeurs. J’excellais dans les rédactions et en interprétation orale de poèmes. Je passais mon temps à faire de belles coiffures à mes poupées ou à ma sœur. Une fois par trimestre, je créais un spectacle : une pièce de théâtre ou une comédie musicale où je faisais participer ma sœur ou mes amis.
Mon avenir était déjà tracé dans ma tête : je serai maîtresse, actrice ou chanteuse.
Mon père me faisait faire des spectacles de chant devant les amis ou la famille : lui à la guitare, moi au chant, au violon ou au piano. Je ne passais pas une journée sans chanter et ma mère me surnommait son petit rossignol.
J’étais intéressée par tout ce qui m’entourait. Les jeux que je commandais à Noël n’étaient autres que : Anatomie 2000, Electrolab et des K7 vidéos ou livres sur l’espace, les planètes, les étoiles, les fusées… Une de mes plus grandes passions étant petite.
Mes parents m’envoyèrent au conservatoire dès l’âge de quatre ans. J’y suis restée pendant douze ans. Et en fin d’année, à chaque examen, j’étais reçue première avec les félicitations du jury. Quand j’ai commencé le piano, mon prof passait son temps à me dire qu’il était époustouflé. J’enchaînais les partitions. Pour mon examen de piano, c’est le directeur du conservatoire en personne qui est venu. Il m’a admise avec la mention très bien. Il m’a sélectionnée plus tard pour un spectacle mais pour un solo au violon, lui m’accompagnant au piano. Malheureusement, le violon était ma seule bête noire de ce tableau, je n’étais pas assez souple des bras.
A quatre ans, j’ai demandé à ma mère de m’inscrire à la danse classique car mon rêve était de devenir petit rat puis danseuse étoile à l’Opéra. Malheureusement, j’étais trop jeune pour entrer dans le cours. Mon père m’envoya au judo puis au ju-jitsu. Au judo, lors des représentations, on me choisissait toujours pour effectuer les séries d’attaque. Des adultes simulaient des attaques dans la rue avec ou sans armes et j’étais la petite fille au milieu à me défendre en effectuant une série de prises debout et quelques fois au sol.
Le point noir est que je détestais le judo. Tout comme le solfège. Je voulais faire de la danse classique et voulais arrêter le violon. Mon père s’y opposa vivement.
Un beau jour enfin, j’ai eu le droit de faire de la danse classique en plus de toutes ces activités.
J’allais enfin me retrouver en tutu rose et faire des pointes sur de la musique classique.
La prof au bout de quelques mois m’intégra dans le cours supérieur, puis le cours des meilleures pour faire des pointes.
Malheureusement, la prof décida de partir. Ma mère refusait de m’inscrire à la danse classique au conservatoire en prétendant qu’elle ne voulait pas m’y conduire plusieurs fois par semaine. C’est ce qu’elle fit pourtant quelques années plus tard avec la gymnastique.
J’étais très bonne en course à pieds. Je voulais faire de l’athlétisme et pourtant, à la rentrée suivante, j’ai commencé la gymnastique artistique suite au film « Nadia » à la télé, comme beaucoup d’autres fillettes. Dès la première année, le président du club demanda au prof du groupe élite de me tester. Je réussis ce test et entra l’année suivante dans le groupe élite. Malheureusement, mon prof fut renvoyé du club.
Je rêvais être championne olympique. Mes parents n’ont jamais voulu me laisser entrer en sport études.
Autour de mes huit ans, la femme de notre voisin vétérinaire et son fils répétaient souvent à ma mère et moi-même : Manuella, elle sera miss France. Avec la gym, je n’ai jamais atteint la taille requise.
Au bout de huit mois de Gymnastique rythmique (ex-GRS), je finis deuxième du concours île de France. J’ai dû arrêter pour problèmes de santé.
J’avais de beaux projets pour mes études. Mais parfois, la situation familiale joue beaucoup sur les notes. En plus de cela, vînt s’ajouter le fait que mon père a toujours voulu nous garder mon frère, ma sœur et moi : enfants. C’est ainsi qu’au lieu de développer mes neurones, ils ont été bloqués à l’âge de dix ans. Oui, c’est bien ça. J’ai les neurones d’un enfant de 10 ans.
Je n’aurai jamais atteint les sommets auxquels j’aspirais étant petite. Je n’ai fait que rêver et maintenant il est trop tard.
A l’âge de huit ans, j’ai composé ma première chanson puis à dix ans, mon premier morceau au piano et dès que j’ai su écrire, mon premier poème.
Tout s’est arrêté du jour au lendemain. Mes bêtes noires ont pris le dessus : je n’étais pas une attrappe-amis, mon père qui ne me portait pas vraiment dans son cœur, une vie remplie d’activités mais pauvre d’un point de vue social. Une petite fille qui n’a pas voulu entrer en sixième. Une petite fille qui a toujours eu du mal à trouver le sommeil la nuit à tel point qu’elle a tenté, à l’âge de huit ans de s’étrangler (c’est la raison pour laquelle je dors avec deux peluches).
Je n’aurai jamais une deuxième chance pour développer mon intelligence, je la sens pourtant qui sommeille.
Je n’aurai jamais une deuxième chance pour devenir une danseuse étoile, pourtant je ressens toujours ce besoin de m’exprimer avec des attitudes.
Je n’aurai jamais une deuxième chance pour devenir chanteuse, pourtant je ressens toujours ce besoin de pousser sur ma voix.
Je n’aurai jamais une deuxième chance pour devenir actrice, pourtant je ressens le besoin de me mettre dans la peau d’un personnage.
Je n’aurai jamais une deuxième chance pour devenir une grande gymnaste, que ferait un club avec une fille de mon âge ?
Je n’aurai jamais une deuxième chance pour devenir une grande pianiste, mais si j’avais le temps...
Je n’aurai jamais la chance de devenir mannequin, là je n’ai rien à dire.
Tout ce que j’ai commencé est inachevé.
Je suis une inachevée.
Parfois, je me dis que je devrais m’y remettre, recommencer, réessayer, me redonner une chance, à moi-même et pas pour les autres. Mais je n’ai plus le temps ni l’envie car je sais que cela ne servirait à rien.
Je suis aspirée par les profondeurs. J’étais blonde aux yeux bleus. Je suis désormais colorée brune avec un œil bleu terne et l'autre 'lentillé' rouge .
J’aime faire les choses jusqu’au bout et pourtant, je laisse tout ce que je touche inachevé.
Je suis une inachevée…
 

 
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‘Enjoy the silence’, Depeche Mode
 




 
 
 
 

 
 
Qu’est ce que c’est ? Que se cache t’il derrière ce mot ?
Jamais personne n’a-t-il tenté ou pensé à se suicider au moins une fois dans sa vie ?
Personne n’a t’il jamais eu cette idée ou ce rêve macabre de voir sa tombe et notre entourage pleurer notre mort ?
Personne n’a-t-il jamais imaginé ses funérailles ?
Personne n’a-t-il jamais douté le soir en s’endormant de ne jamais se réveiller ?
Personne n’a-t-il jamais eu une certaine attirance ou curiosité pour la mort ? Pour SA mort ?
Redoutons-nous plus la mort d’un proche que notre propre mort ?
Ne vous est il jamais arrivé de penser à une manière de se suicider ?
Ne vous est il jamais arrivé de penser à la façon dont cela se passerait, si vous vous aperceviez que la vie est en train de vous quitter et qu’à ce moment là vous vous diriez : « Tiens, je suis en train de mourir » ?
D’ailleurs, à quel temps employons-nous le verbe mourir ?
Est-ce réellement un verbe ?
Pensez vous pouvoir dire : « je meurs » ou « je suis en train de mourir » ?
Pensez vous pouvoir dire : « je mourrais, je suis mort ou j’ai été mort » ?
Mais pourquoi pouvons nous l’employer au futur : « je vais mourir, je mourrais, je serai mort » ?
Le pire dans un suicide n’est il pas de se louper ?
Quand on se loupe, se dit on qu’on a échappé de près à la mort ou que finalement on n’a pas échappé à la vie ?
Le suicide n’est il pas un acte extrêmement égoïste et réfléchi ?
La démarche de suicide n’est elle pas un échec total si elle est remplacée ou transformée en meurtre ?
 
 
Ce blog d’ailleurs ne tente t’il pas de m’expliquer mes raisons d’avoir pensé, désiré et rêvé si fort de mon suicide ?
Les 7…
Les sept lettres du mot suicide m’ont tellement tourmentées, elles se sont emmêlées dans mon cerveau, se sont mélangées pour former un casse-tête, m’attirant vers la scarification aux marques irréversibles… Et arriva cette soirée… dans Poitiers… Une dispute avec ma sœur m’a faite craquer… Mon père est venu me chercher énervé in extremis en pleine nuit. Sur le chemin du retour, je pleurais… en silence… puisque les larmes m’ont toujours été interdites… Et dans cette voiture, les 7 me résonnaient si fort dans la tête que je les ai vues sous le clair de Lune. Elles étaient là, à me narguer à me pousser à agir. C’était enfin le bon moment. Il fallait que je le fasse, que je me décide à faire le pas. Ce sont elles qui me tiraient les larmes de mes yeux pour m’empêcher de voir, elles réveillaient la douleur de mes coupures sur mon avant bras gauche. Il a fallu que je me mette la main sur le cœur pour vérifier que je n’étais pas déjà morte. Peut-être souhaitais-je à ce moment précis mourir sur place de cette infinie douleur inhumaine, sous les yeux de mon père, comme une rébellion de n’avoir jamais rien vu, jamais rien su, jamais rien permis, toujours accusée, toujours menacée, jamais valorisée.
Arrivée à bon port, je me suis couchée après les mots tendres de ma mère. Je n’ai pas de suite éteint ma lumière pour dissuader les 7 de revenir me frapper le crâne et m’empêcher de m’endormir. La fatigue physique et morale accumulée m’a rattrapée et je me suis endormie dans mon lit d’enfant.
Je suis au balcon de mon appart de Paris. Et pourtant je suis également en bas d’une falaise, avec mon appareil photo numérique. Mon zoom me permet de voir le haut de la falaise, il y a des touristes près du bord. Je la vois cette femme en haut de la falaise.
Dans la rue, suite à un reportage, sa fille me demande ce qu’il a bien pu se passer. Elle est presque adulte. Mais elle n’a jamais très bien compris pour sa mère, puisqu’elle n’était encore qu’une enfant. Et je me dis qu’il est temps pour elle qu’elle sache et que c’est moi qui détiens sa clef. Je lui montre le mini film que j’ai pris ce jour-là. Les touristes sont trop près du bord, ils s’éloignent mais une personne reste. Et elle saute. Non, elle n’est pas tombée, elle a sauté. Je filme sa chute. La gravité accélère sa chute. Son corps parait inerte. Si je faisais comme elle, une chose est sûre : j’en profiterais pour faire des multiples saltos arrières/avant groupés carpés tendus, vrilles…
Elle (ou son corps ?!) se rapproche dangereusement du sol. Je ne verrai jamais son atterrissage puisque là, c’est moi qui saute de mon balcon, du cinquième étage. Au milieu de ma chute je sue, mon cœur bat extrêmement vite, il est 07h du matin. J’ai peur… Je tremble… Mais je me pose une question : pourquoi me suis-je réveillée ? Mon imagination n’est peut-être pas apte ni préparé à inventer une suite. Serais-je morte durant mon sommeil s’il avait été effectivement apte ?
Mais depuis cette nuit, les 7 ont disparues… En rentrant à Paris, je me suis approchée du balcon : mon cinquième étage est plus haut que dans mon cauchemar.
C’est maintenant que je réalise mieux ce qu’est le suicide et surtout l’importance de la vie. Ce n’est pas street fighter, nous n’avons qu’une chance, ou plutôt qu’une seule opportunité.
Les 7 me laissent tranquille mais cela n’empêche pas de frissonner à l’idée que j’ai pu approcher de si près à maintes reprises l’au-delà… Ou plutôt le néant absolu du corps, de l’esprit, du ciel, de la terre mais surtout de la poussière.
Quand je relis les textes de ce blog, la douleur se lit au travers de mes lignes, mais reste à savoir au jour d’aujourd’hui si l’Acte était justifié. N’est ce pas pour cela également que le SOS suicide n’est pas utilisé ? Au cas où les personnes que nous ayons au bout du fil pensent que les raisons sont trop minimes ? Y a-t-il réellement des raisons plus minimes que d’autres qui dissuaderaient ? N’avons-nous pas des sensibilités différentes face aux évènements ?
 
 
Le suicide en chiffres :
 
«  Il apparaît que plus de la moitié des appelants aux SOS suicide  sont des femmes (53,79 %), les hommes étant moins nombreux (27,22 %) mais que près 19 % des appels ne peuvent être clairement identifiés car il s’agit d’appels muets ou raccrochés.
45 % des appels ont lieu entre 16 heures et minuit, 21 % entre minuit et 8 heures du matin et 34 % entre 8 heures et 16 heures.
En 2002, 1072 jeunes âgés de 15 à 24 ans et 2399 personnes de 25 à 34 ont appelé.
Au plan national, le suicide (plus de 11 000 morts par an), tue davantage que les accidents de la route. Il constitue la seconde cause de mortalité chez les jeunes de 15 à 24 ans et la première chez les 25-34 ans.
On dénombre entre 160 et 180 000 tentatives de suicide par an. Ce nombre n’est sous-estimé dans la mesure où le décompte est réalisé auprès des urgences hospitalières et que toutes les tentatives de suicide ne font pas l’objet d’une hospitalisation.
Par ailleurs, le nombre des décès est également sous-évalué du fait d’un défaut de déclaration et de morts inscrites dans les rubriques intoxications ou accidents. »
Source Internet SOS suicide
 
 
 

 

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Jeudi 10 novembre 2005, 14h21


‘Bad’, Michael Jackson
 
 


 
« Dix-neuf secondes 
 
Sandrine pour Gabriel :
Sandrine va peut-être passer devant Gabriel sans le voir. Sans le reconnaître. Comme s’ils ne s’étaient pas quittés ce matin mais il y a des années. Il aurait changé. […] la porte s’ouvre et ce n’est pas celui qu’on espérait. D’ailleurs on n’espérait plus personne. L’absence a pris ses aises. Il n’y a plus de place pour le rescapé. Que faire du souvenir, du deuil, si le disparu réapparaît ? Celui qui peuple le rêve tue.
 
[…]
 
Sandrine pour Gabriel :
Elle est dans le vide. Dans le vide. Elle frissonne. Elle a peur. Sa mémoire est effacée. Elle ne sait pas ce qu’elle fait ici, elle qui déteste le métro. Mais elle a vaguement l’impression qu’il y a là, pas très loin, assis sur le quai, quelqu’un qui peut la sauver. Quelqu’un qui ne demande qu’à la sauver. Mais c’est elle qui ne veut pas qu’il la sauve. Et elle ne sait pas pourquoi.
 
[…]
 
Dix-huit secondes 
 
Gabriel pour Sandrine :
Une lâcheté de fin de match. L’envie d’avoir eu raison en craignant le pire. L’ivresse d’avoir perdu. Une attirance vers le bas. Un vertige. Ainsi il n’y aurait pas de retrouvailles, de réconciliation. Nul besoin de mettre les petites preuves d’amour dans les grandes. Nous n’aurions pas à escalader les pentes abruptes de la deuxième chance. Les chemins de crête du rafistolage nous étaient épargnés. Il suffirait de trouver une posture. La mélancolie. La tristesse. Il me restait tant de livres à ouvrir, tant de rues à arpenter, le soir. Il n’était pas certain que l’hiver fût la prochaine saison. Quoi qu’il arrive, même les douleurs, ce serait neuf. Le printemps, oui.
 
[…]
 
Dix-sept secondes 
 
Sandrine pour Gabriel :
Dès le début, il s’y est mal pris avec elle. D’abord, elle se laissait faire. Elle attendait un peu que les caresses, les baisers produisent leur effet. Mais rien, jamais, ne venait voiler sa conscience. Alors, avant que le désir lui-même ne s’atomise, elle se mettait en route. C’est qu fond d’elle-même qu’elle allait chercher sa jouissance. Elle la ramenait patiemment à la surface, toute seule, et la glissait entre eux pour faire semblant de la recevoir. Plus tard, dans l’obscurité de la chambre, elle se serrait contre lui. Il dormait. Elle n’était pas vraiment frustrée, puisque du plaisir, finalement, elle en avait eu, mais plutôt étonnée de n’avoir rien perdu, rien dépensé. De n’avoir rien partagé, surtout. D’être restée intacte. Comme vierge.
Mais peut-être, se dit-elle, une passion trop forte aurait-elle calciné toutes les tendresses qu’ils ont si savamment tissées jour après jour jusqu’à n’avoir plus qu’un seul cœur. Chaque fois qu’un homme lui a vraiment procuré du plaisir, elle a eu l’impression de tomber. Elle a eu peur. Elle n’aurait pas voulu éprouver ce genre de sentiment avec Gabriel. Si leur histoire a fini par s’essouffler, par s’épuiser, ça n’a rien à voir avec cette tiédeur. Au contraire, c’est elle qui leur a permis d’inventer leur vie, une vie incomparable. Et qui pourtant, à un moment, s’est retrouvée privée d’air. Pourquoi ?
 
[…]
 
Treize secondes 
 
Gabriel pour Sandrine :
Peut-être aurions-nous dû avoir cet enfant que nous n’avons pas eu. […]. Ce garçon ? Non, j’ai toujours pensé que c’était une fille. J’en étais sûr. C’est d’une fille que j’ai fait mon deuil. Je me souviens le soir où elle est rentrée, la mine ravagée, et où elle a seulement dit, très bas : ‘Voilà, c’est terminé. J’aimerais qu’on n’en parle plus jamais. Je vais me coucher. Ne viens pas tout de suite, attends que je dorme.’ Et on n’en a plus parlé. Jamais. Chaque fois qu’un sujet de conversation nous faisait caboter près de ce côté-là, Sandrine me regardait avec une dureté dont je ne la croyais pas capable. Etonné, je battais en retraite devant les exigences de cette inconnue. Pourtant, il me semble qu’il restait beaucoup à dire sur cet accident de la vie. Qu’il y avait quelque chose à panser, à soigner. Comme une plaie à nettoyer. Qui sait, même si notre naufrage n’avait pas commencé ce jour là ? Si ce qui nous écrasait aujourd’hui n’était pas la somme de nos silences forcés ?
 
[…]
 
Huit secondes 
 
Sandrine pour Gabriel :
Bien sûr il y a eu un début, une origine. Une cause au gâchis. Mais un simple accroc. Presque rien. Et qui s’est agrandi à coups de silence. A coups d’oubli. Ils n’en ont jamais parlé. C’est elle qui l’a prié de ne plus jamais en parler. Elle lui en a voulu. C’était injuste, elle le sait bien, mais elle lui en a voulu. Et elle lui en veut encore. Ça n’aurait rien changé car, au fond d’elle sa décision était prise, elle ne souhaitait pas grader l’enfant. Mais elle aurait tant aimé qu’il le souhaite, lui, qu’elle soit obligée de le convaincre. Et il avait dit : ‘J’accepterai ta décision, quelle qu’elle soit’. C’était pire qu’un refus. Elle pouvait avorter ou ne pas avorter, pour lui c’était pareil. Il s’en fichait. […].
Et si tout était sa faute à elle ? N’a-t-elle pas demandé l’impossible comme un dû ? N’a-t-elle pas considéré comme de la lâcheté ce qui était chez lui de la tolérance, de la générosité ? De l’amour ? Mais non ! Pourquoi aurait-elle eu si mal, alors ? Et pendant tant d’années ?
 
[…]
 
Cinq secondes 
 
Sophie pour Ludo :
Il l’a serrée contre lui, très fort. Et là elle a senti un truc inconnu qui l’a bouleversé très profond, très loin, au-delà du corps et de la conscience. Pas vraiment du plaisir, non. C’était plus large, plus vaste. Plus sombre, aussi. C’était plus grave que le plaisir. La différence, c’était un peu celle qu’il y a, quand on écoute de la musique, entre le violon et le violoncelle. Et là, dans l’escalier, c’était le violoncelle. Ça ne l’a pas vraiment soulevée de terre, emportée, comme le violon, comme le plaisir, non, mais ça lui a donné envie de pleurer. De pleurer de bonheur, oui.
 
[…]
 
Trois secondes 
 
Sandrine pour Gabriel :
C’est maintenant que Sandrine sait. Ce qu’ils ont perdu, ce n’est pas l’amour. Elle aime Gabriel, elle a encore toute une réserve d’amour pour lui. Même si, phénomènes de longévité, ils passaient encore un siècle ensemble, son stock d’amour ne s’épuiserait pas. Et elle pourrait jurer que lui aussi l’aime. Qu’il l’aimera. Alors non, l’amour, ils ne l’ont jamais perdu. Ce qu’ils ont laissé filer, c’est l’enfance. Il faut qu’ils se retrouvent. Ils n’ont rien à pardonner, rien à se faire pardonner. Il faut juste qu’ils se retrouvent. Qu’ils recommencent. Qu’ils retrouvent le début. Qu’ils recommencent au début.
Au lieu de reprendre là où ils en étaient, au lieu de continuer, ils vont devoir se lancer dans une autre vie.
 
[…]
 
STYX 
 
Gabriel pour Sandrine :
Le train ne roule plus. Toutes les lumières se sont éteintes. Un silence minéral recouvre le fracas ; celui qui suit les collisions, sur la route, au moment où retombe la poussière. Stupéfaits, les survivants n’ont pas encore commencé à appeler à l’aide, à hurler d’effroi dans le noir, ni les blessés à geindre. Comme si la voûte s’était effondrée, condamnant le convoi mutisme.
Cette stupeur va durer quelques secondes, pendant lesquelles tout le monde va quitter la vie, s’absenter, perdre le fil de l’existence.
Parmi eux, quelques-uns, cinq, six, n’en reviendront pas. Ils demeureront prisonniers de la mort. Sans l’avoir vue avancer vers eux pour les éteindre.
 
[…]
 
Sophie pour Ludo :
C’est elle qui coule. Qui saigne. Elle descend un peu. Toujours le jean, mais rien dedans. Plus de jambe.
Elle n’a plus de jambe droite.
Elle voudrait vomir […]
Elle crie.
Mais ce qui sort de sa bouche ne la libère de rien. Elle se sent trop mal pour pleurer. Et puis elle est si fatiguée tout d’un coup. C’est le sang qui s’en va. C’est la vie qui s’en va.
Il lui semble que l’obscurité se fait moins dense, que la nuit s’éclaire, comme une aube.
Sophie comprend brutalement qu’elle va mourir.
‘Je vais mourir’, se dit-elle, très loin derrière les larmes.
Et puis, la seconde d’après, alors qu’elle voit une haute vague blanche se dresser au-dessus d’elle, elle a encore le temps d’espérer ; ‘Pourvu que je meure’. Et la grande vague blanche lui tombe dessus à toute force, pour l’exaucer.
 […]
 
L’homme au blouson jaune monté à la station Vincennes et descendu à Nation en laissant un sac de sport dans le RER ZEUS, rempli d’explosifs, ayant explosé entre la station Nation et Gare de Lyon :
Là serait le vrai danger : l’attendrissement. Toujours veiller à rester dur, froid. Dans le chaud, dans le sentiment, on ne fait que des boulettes. C’est agir qu’il faut. Réussir des missions. »
 
Pierre Charras, « Dix-neuf secondes »

 
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  Vendredi 14 octobre 2005, 13h13.


Album ‘Ok Computer’, Radiohead






 
 
Hier soir, j’ai eu envie d’aller ailleurs, dehors, loin de mon ordinateur, loin de mon appartement, loin de Ses affaires, loin de mes pleurs. Je suis donc allée au hasard dans Paris, là où le métro m’a emmenée. Je suis partie à la va-vite suite à une blessure qu’Il m’a encore faite. Je suis donc partie sans prendre le temps de me maquiller ni bijouter « du soir ». J’avais l’impression d’être dépouillée.
Je n’ai emmené avec moi que mon lecteur mp3 avec Holly Wood. LE cd qu’il faut écouter dans ces moments d’états de désespoir.
 
Je me suis arrêtée à Palais Royal Musée du Louvre. Je crois que c’est l’endroit le plus silencieux de Paris que je n’ai jamais vu. Je me suis baladée autour de la pyramide du Louvre.
Ensuite je suis partie à pieds au-dessus des quais de Seine.
J’ai emprunté le pont des Arts. Au bout du pont, un black m’a demandé une clope. J’avais mes écouteurs sur mes oreilles assez fort et je marchais en fixant le sol : on voyait les reflets de l’eau entre les planches. Je n’ai donc pas relevé. Je crois qu’il m’a craché dessus. Je n’avais pas envie d’avoir un quelconque contact, c’est tout.
Je suis descendue sur les quais. J’ai eu envie de sauter. L’atmosphère était très silencieuse : trop silencieuse pour une capitale. Seules les péniches provoquaient un bruit de clapotis de l’eau. J’observais ces péniches : des restaurants avec plein de monde à bord. J’ai de suite pensé à une compétition de gymnastique à Paris en 2001. Après la compète (maman était venue me voir à Paris pour m’y accompagner), je lui avais fait une surprise : j’avais réservé une table au resto du premier étage de la Tour Eiffel. Elle en a pleuré. On avait une vue imprenable.
Redescendue sur Terre, j’ai continué mon chemin. En face, je voyais l’île de Saint Louis, où des personnes étaient assises là… Dans la pénombre, silencieusement.
On peut dire que jusque là, mon parcours était bercé par des notes muettes. Je suis remontée en haut. Un garçon du style skater était en vélo, s’est arrêté à un mètre de moi. Il m’a sourit. J’ai eu l’impression qu’il se moquait de moi et de ma folie apparente.
J’ai rejoint la cathédrale Notre Dame. Je la croyais beaucoup plus imposante que la cathédrale d’Amiens… Je me suis assise un peu. Des personnes entraient et on entendait les paroles des guides automatiques.
Je me suis levée et ai continué mon chemin. A pieds.
C’est étonnant le nombre de personnes qui s’entraînent à courir en pleine nuit.
Je suis arrivée à l’hôtel de ville. Là aussi, il y avait peu de monde. 
Je suis passée par le centre George Pompidou. Je me suis posée un peu. Un black m’a demandé une feuille. Cette fois je lui ai répondu.
Ensuite, je suis allée à la fontaine : elle était vide. Forcément, un jeudi soir.
Je m’y suis arrêtée quelques minutes.
Je suis ensuite partie sur la place du Châtelet pour achever ma longue marche nocturne solitaire en ayant pris soin de passer devant « Le Club », mon premier contact de visu avec Lui.
J’ai pris le métro et suis rentrée. Retour à la réalité.
 
Quand j’y repense, j’ai du mal à y croire. J’ai l’impression d’avoir rêvé. Tout mon parcours s’est effectué dans la pénombre et le quasi-silence de la nuit. Je ne pensais pas que Paris la nuit était aussi mal éclairé et silencieux.
J’étais dans un état second, je ne me souviens plus très bien. Ma tête était ailleurs, j’étais partie « errer »… Au cas où Il, ou plutôt Elle, m’aurait attendue au coin d’une rue, écouteurs aux oreilles, petite queue de cheval, petit bouc, bracelet à pics, baggie et regard profond.
J’étais seulement habillée, aucun artifice, cheveux trop tirés et défigurée à faire peur. Je pense qu’il aurait pu m’arriver quelque chose sans que j’eusse eut pu réagir, je ne devais pas être tout à fait consciente.
 
Est-ce la tristesse ou le désespoir qui nous rend malade au point de séparer son esprit de son corps ? Oui c’est cela. Hier, mon corps avait pris le contrôle ou n’était plus contrôlé. Mon esprit était ailleurs, peut-être dans le coma, il avait été assommé par tous ces coups qu’il m’a donnés.
 
 

 
 Ce soir j’essaierai un autre club. Pourquoi ? Car je ne veux plus être dans cette fichue salle et travailler en haut de ma poutre en espérant voir la porte d’entrée s’ouvrir laissant place à Sa frimousse venue me chercher.
 
 
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